De Gaulle, 1969 : l'autre révolution
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par solon, le 21/04/2020

Un profond traité d'art politique derrière une analyse originale de l'année 1969

1. Un éclairage renouvelé sur la dernière année au pouvoir du général Le premier apport de l'ouvrage d'Arnaud Teyssier est de livrer un regard renouvelé sur la dernière année du général de Gaulle au pouvoir, depuis les événements de mai 1968 à sa démission spectaculaire à l’issue du référendum du 27 avril 1969 où son projet a été rejeté. A partir des propres écrits du général (notamment les Mémoires d’espoir), mais aussi de sources issues de ses proches collaborateurs de l’époque (tels Bernard Tricot, alors secrétaire général de l'Elysée), Arnaud Teyssier remet en cause l’imagerie traditionnelle d’un de Gaulle vieillissant, incapable de comprendre la révolution « introuvable » de mai 1968 et mettant en scène un suicide politique théâtralisé à l’occasion d’un référendum à propos de sujets réputés mineurs (la régionalisation et la participation). La thèse très convaincante d’Arnaud Teyssier est tout autre : le général de Gaulle avait dès 1965, soit avant mai 1968, parfaitement pris conscience du danger nouveau que représentait l’émergence de la « société » avec ses « besoins et ses désirs » pour la pérennité d’un Etat dont il avait rétabli la puissance d’action et la légitimité. Cette émergence de la société, accompagnée de la révolution technologique que de Gaulle pressentait, portait en elle les germes de division et d’altération du pouvoir d’agir pour un Etat qui risquait de se pulvériser devant la multiplicité des revendications individuelles issues d’une société émergente. A cet égard, les réformes proposées par le Général de Gaulle en 1969 devaient tout à la fois répondre à cette aspiration nouvelle tout en conservant à l’Etat l’acquis de sa capacité d’action retrouvée avec la Constitution de la V° République. La réforme articulait deux volets : La « régionalisation », d’abord. Il s’agissait pour de Gaulle d’une figure de la déconcentration (l’échelon régional étant inséparable du Plan) et non des prémisses de la décentralisation qui aurait lieu quelques années sous la présidence de François Mitterrand. Pour de de Gaulle, la mise en place de la Région en tant que nouvel échelon territorial permettait de créer un lieu de dialogue de l’Etat avec les « forces vives » de la nation tout en contournant les élites départementales traditionnelles qui lui étaient hostiles. La « participation », ensuite. Il s’agissait là aussi d’associer les forces vives au sein d’un Sénat dont la composition était renouvelée par 146 sièges réservés à des « représentants des activités sociales, économiques et culturelles ». Il faut préciser que le Sénat, dont de Gaulle pensait hostile aux nouvelles institutions de la V° République ne donnerait plus qu’un avis dans le processus législatif. En définitive, loin d’être une modalité théâtrale de sortie de scène, le texte soumis à référendum le 27 avril 1969 parachevait et actualisait l’œuvre institutionnelle du général de Gaulle qui s’était déployée sur près de 25 ans avec une constante remarquable depuis les premiers écrits du général : - 1944-45 (mise en place de la sécurité sociale et de « l’Etat social » ; création de l’ENA) ; - 1958 (création de la 5ème République caractérisée par le renforcement des prérogatives du pouvoir exécutif) ; - 1962 (fin de la guerre d’Algérie et élection du président de la République au suffrage universel). 2. Une réflexion sur le devenir de la V° république et plus largement sur le devenir de l’Etat. La seconde thèse stimulante du livre tient à ce que l’échec du général de Gaulle en 1969 est comme le signal du déclin progressif des institutions de la V° République. Selon Arnaud Teyssier, celles-ci ont dévié de leur trajectoire à partir du milieu des années 1980, les nouvelles générations politiques au pouvoir ayant perdu les codes de la V° République. Parmi les autres causes de ce déclin, l’auteur pointe la désacralisation de la fonction présidentielle, une décentralisation non maîtrisée, une construction européenne à marche forcée et la désarticulation des constitutions politique et administrative que de Gaulle avait si bien su ré-articuler. Plus largement, dans le sillage de l’œuvre de Pierre Legendre, l’auteur pointe à son tour une véritable crise de l’Etat occidental subverti par les logiques ultralibérales de la marchandisation généralisée et le déclin des récits fondateurs. 3. Un traité d’art politique Au-delà de ces deux thèses, qui méritent en soi que l’on s’y arrête, le livre d’Arnaud Teyssier propose à travers le récit de la dernière année un véritable traité d’art politique. On comprend ainsi à travers la mise en lumière des intentions du général de Gaulle, que la démocratie est toujours à (re)conquérir car elle est un « corps sans armure » qui doit toujours se réinventer dans un monde dont la crise est l’état ordinaire. Dans une logique explicitement rattachée au philosophe Henri Bergson, on comprend que le passé, le présent et l’avenir ne sont pas trois moments séparés, mais que le passé régénère constamment le présent pour préparer l’avenir. C’est ainsi le rôle des hommes d’Etat d’anticiper par la vision des évolutions en cours pour préparer dès aujourd’hui les institutions qui permettront de vivre dans un monde humain, ce que traduit l’étonnant exposé des motifs du projet de 1969 rédigé par de Gaulle lui-même : « Ce qui est en cause, c’est la condition de l’homme. Il s’agit que chacun, là où il fournit son effort, ne soit pas un instrument passif, mais participe activement à son propre destin.» Un ouvrage essentiel pour réfléchir sur le gaullisme, l'Etat et le politique aujourd'hui.