Béton

arme de construction massive du capitalisme

de

chez l'Echappée

Collection(s) : Pour en finir avec

Paru le | Broché 194 pages

Tout public

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Gaël Lazorthes (Les Guetteurs de Vent)

Qui aurait pu penser que le béton soit si intéressant, si politique ! 

Adrien Tournier (LIBRAIRIE L'ATELIER)

En août 2018, le pont de Gênes s'est effondré. Outre la négligence et le manque d'entretien, cette catastrophe témoigne aussi de l'obsolescence programmée du Béton. Ce matériau, si compact et si armé pour durer en apparence, a en vérité une existence limitée et tôt ou tard les nombreuses constructions de béton si répandues par l'architecture moderne pourraient bien s'effondrer. Mais il semble que l'architecture en béton, tout comme la quête capitaliste des profits, se soucie peu des désastres qu'elle pourrait laisser derrière elle. "Ce qu'elle accumule n'est qu'un trésor de ruines" aurait pu dire Jean-François Lyotard.

Anselm Jappe part de l'effondrement du pont de Gênes pour faire l'histoire du béton, de l'urbanisme et l'architecture moderne et montrer comment l'uniformisation du monde a avancé de pair avec sa bétonisation massive. Il montre que (comme l'équivalent universel qu'est l'argent à sa façon) le béton  "est la matérialisation parfaite de la logique de la valeur. Il en est l'hypostase, l'incarnation. Il représente par excellence le côté concret de l'abstraction marchande. Le concrete est la face visible de l'abstraction. Il est un matériau sans limites propres (liquide au départ), amorphe, polymorphe, et qui peut être coulé selon n'importe quelle moule" (p.186-187). Avec sa précision critique habituelle et bien entrainée, Jappe nous embarque dans l'histoire du béton qui est aussi une histoire de l'architecture moderne et de la construction du capitalisme.

Ce livre est dès lors à mettre entre les mains de tous les bâtisseurs et passants des villes.

Et pour les fondations, avant la lecture, on pourra lire se long entretien à propos du livre:


"Le béton a joué un rôle central dans la marchandisation de l’habitat et dans la construction massive de « machines à habiter » comme les appelait très justement, mais avec orgueil, Le Corbusier — qui jouit encore aujourd’hui auprès d’une partie du public d’une réputation de grand architecte et même de grand humaniste, tandis qu’il n’a jamais fait mystère de ses intentions autoritaires et classistes : sophistication pour ses clients riches, « cages à lapin » pour les autres. Le béton a aussi profité d’une bonne image chez la gauche, qui y voyait un matériau prolétarien et surtout adapté à la promotion de logements dits « sociaux », c’est-à-dire bon marché.
Ce que personne ne voulait voir, à de rares exceptions près comme les situationnistes, est le fait qu’habiter ne peut pas se réduire à « avoir un toit », de même que manger ne peut jamais consister dans la seule absorption d’une quantité suffisante de calories. Dans les deux cas, une vaste gamme de facteurs émotionnels et symboliques entre en jeu — habiter signifie surtout avoir son lieu dans le monde, être rattaché au monde. Pendant des millénaires, et dans le monde entier, l’architecture, au sens large, a toujours eu cette fonction.


Il faut aussi reprocher au béton ce qui, fréquemment, a été proclamé, au contraire, comme son mérite le plus grand : avoir rendu possible l’architecture du XXe siècle. Le « brutalisme » ne jouit plus d’une grande faveur, mais qui voudrait abandonner le béton tout court, si facile à l’emploi et si bon marché ? Pourtant, il faut mettre en relief que le béton — ou, pour mieux dire, ceux qui l’emploient ! — est le premier responsable de l’assassinat des architectures « traditionnelles » ou « vernaculaires », dans la ville comme à la campagne. C’était en général une « architecture sans architectes », comme l’appelait l’historien de l’architecture Bernard Rudofsky. Elle présentait pourtant de nombreux avantages : construction par les habitants eux-mêmes ou par des équipes locales, disposant de peu de technologies, mais d’un savoir-faire remarquable ; utilisation de matériaux disponibles localement ; adaptation aux conditions climatiques du lieu ; généralement une durée de vie très élevée ; un impact écologique assez réduit ; une combinaison de critères matériaux, sociaux et symboliques ; une vaste gamme de nuances même à l’intérieur du même village. Les architectures traditionnelles ne sont pas « primitives », mais présentent souvent d’excellentes solutions techniques, fruit de l’expérience, par exemple en ce qui concerne l’isolation thermique. Elles varient d’une région à l’autre et contribuent ainsi à la diversité du monde, à sa richesse, à la capacité de tirer profit des conditions locales, et dans l’ensemble elles constituent l’un des principaux témoignages du génie humain. Avoir déprécié, voire détruit ce patrimoine pour le remplacer par des buildings en béton armé, ou en briques alvéolaires, répétés à l’identique des centaines de fois dans le même endroit paraîtra sans doute, un jour, comme l’une des plus grandes folies de l’époque capitaliste et industrielle (qui n’en est pas avare !)." (Un monde bétonné, entretien avec Anselm Jappe)

Le béton incarne la logique capitaliste. Il est le côté concret de l'abstraction marchande. Comme elle, il annule toutes les
différences et est à peu près toujours le même. Produit de manière industrielle et en quantité astronomique, avec des conséquences écologiques et sanitaires désastreuses, il a étendu son emprise au monde entier en assassinant les architectures traditionnelles et en homogénéisant par sa présence tous les lieux. Monotonie du matériau, monotonie des constructions que l'on bâtit en série selon quelques modèles de base, à la durée de vie fortement limitée, conformément au règne de l'obsolescence programmée. En transformant définitivement le bâtiment en marchandise, ce matériau contribue à créer un monde où nous ne nous retrouvons plus nous-mêmes.

Raison pour laquelle il fallait en retracer l'histoire ; rappeler les desseins de ses nombreux zélateurs - de toutes tendances idéologiques - et les réserves de ses quelques détracteurs ; dénoncer les catastrophes qu'il engendre sur bien des plans ; révéler le rôle qu'il a joué dans la perte des savoir-faire et dans le déclin de l'artisanat ; enfin démontrer comment ce matériau s'inscrit dans la logique de la valeur et du travail abstrait. Cette critique implacable du béton, illustrée par de nombreux exemples, est aussi - et peut-être avant tout - celle de l'architecture moderne et de l'urbanisme contemporain.
Une critique du béton qui incarnerait la logique du capitalisme dans les secteurs de l'urbanisme et de l'architecture. Produit de manière massive, ce matériau est mis en cause pour sa durée de vie limitée, son empreinte écologique, son impact sanitaire et son allure monotone. Il aurait également contribué à la perte des savoir-faire artisanaux et à la production de constructions en série. ©Electre 2021
Format : Broché
Nb de pages : 194 pages
Poids : 208 g
Dimensions : 12cm X 19cm
Date de parution :
ISBN : 978-2-37309-077-2
EAN : 9782373090772

Du même auteur : Anselm Jappe