Dégage : la révolution tunisienne, 17 décembre 2010-14 janvier 2011 : livre-témoignages

Fiche technique

Format : Broché
Nb de pages : 239 pages
Poids : 1015 g
Dimensions : 24cm X 32cm
Date de parution :
ISBN : 978-2-915118-98-8
EAN : 9782915118988

Dégage

la révolution tunisienne, 17 décembre 2010-14 janvier 2011
livre-témoignages

chez Ed. du Layeur

Paru le | Broché 239 pages

Tout public

24.85 Indisponible

sous la direction de Viviane Bettaïeb


Quatrième de couverture

Liberté démocratie laïcité

Le khamsin (...) est un vent de sable fréquent dans les confins sahariens de l'Égypte, jusqu'en Palestine et au-delà. Le même mot désigne le même vent dans le monde arabe et en hébreu (Israël). On peut assimiler à ce khamsin le grand « vent révolutionnaire » qui bouscule aujourd'hui le monde arabe, du Maroc à Bahreïn, sans que nul n'en prévoie l'irrésistible progression, depuis que la révolte tunisienne a brutalement rendu caduque les thèses, pourtant scientifiquement établies, de la « force de l'obéissance » de Béatrice Hiboux ou du « syndrome autoritaire » de Michel Camau et de Vincent Geisser. Comme une tempête de sable, « ces événements modèlent le paysage sans que l'on puisse distinguer, aujourd'hui, ce qui sera érodé pour toujours de ce qui retrouvera la lumière ».
Khémaïs Chammari

Enfin libres de témoigner ! ! !

Nous avions oublié le goût de la liberté.

Nous avions oublié que la dignité est essentielle à l'homme. Pour elles, des Tunisiens se sont battus et sont morts. Nous garderons toujours présent dans notre esprit leur sacrifice, et nous veillerons à conserver jalousement notre statut d'hommes et de femmes libres et égaux.

Enfin libres d'éditer !!!

En réalisant ce livre, nous avons fait l'un des plus beaux métiers du monde, celui d'éditeur.

Depuis plus de vingt-trois ans, nous n'avions pas fait un livre sans qu'il n'y ait peu ou prou de censure.

Aujourd'hui, Dégage n'a subi de censure que celles de nos choix et de nos responsabilités citoyennes.

Nous avons rencontré, échangé... avec tous ceux qui ont accepté de nous rejoindre dans cette aventure, pour pouvoir partager cet hymne à la liberté et à la Karama (la dignité) qu'a été la Révolution tunisienne.

Travailler sous pseudonyme. Donner des rendez-vous discrets. Le micro, on ne le sort que dans des endroits sûrs. Et avec à l'esprit toujours cette préoccupation, celle de ne pas mettre en danger la sécurité de nos interlocuteurs, qu'ils soient anonymes, responsables de l'opposition ou d'organisation de défense des droits de l'Homme. Dans la Tunisie de Ben Ali, le travail de journaliste est compliqué.

Le vendredi 14 janvier, en fin d'après-midi, tout change. Sur l'avenue Bourguiba, une folle rumeur court : Zine el-Abidine Ben Ali et son épouse auraient quitté le pays. Les Tunisiens rencontrés ce soir-là dans le centre de Tunis n'ont plus peur de parler. Devant le ministère de l'Intérieur, la parole se libère. Les manifestants hurlent leur colère contre le président en fuite mais aussi leur espoir, leur envie de démocratie et finalement la joie d'avoir mené cette Révolution à terme.

Ces premiers jours de la Révolution, c'est évidemment aux côtés des Tunisiens que nous les vivons. À Tunis, cachés dans une famille, toute une nuit, quand des tireurs embusqués vous empêchent de regagner le centre ville. À Sidi Bouzid, auprès de la famille du jeune Mohamed Bouazizi. Sa mère, ses frères et soeurs pleurent le jeune vendeur ambulant mais se félicitent que son geste désespéré ait entraîné cette Révolution. À Tozeur, Monastir ou Hammamet aussi. Dans la capitale avec les manifestants de la Kasbah - venus de toutes les provinces du pays - qui continuent à défiler pour que personne ne vienne leur voler leur mouvement.

Cette Révolution, nous avons tenté de la raconter au mieux aux auditeurs de France Info en donnant la parole à tous ces Tunisiens qui jusqu'ici en étaient privés. Parfois l'interlocuteur hésite un peu, bafouille quelques mots. Ému, il confie : « il y a une semaine encore je n'aurai pas pu vous parler aussi librement ! » et raconte dans un flot de paroles qu'il est parfois difficile d'interrompre, les années Ben Ali, les frustrations, ce poste de fonctionnaire que l'on n'a pas eu parce qu'on n'appartenait pas au RCD, et la colère accumulée au fil des ans.

Et puis il y a tous ces instants partagés. Le sourire de la directrice de la librairie Al Kitab avenue Bourguiba qui, dès le 15 janvier, installe dans sa devanture les livres interdits. Cette famille d'Hammamet qui découvre, incrédule, le luxe des villas construites par les membres du clan Trabelsi. Ce vieux tunisois qui dans un kiosque à journaux ne peut s'empêcher de pleurer tant il est heureux de pouvoir enfin acheter « Le Canard enchaîné » interdit dans le pays depuis des décennies. Ou encore ce professeur de lycée qui prépare le rapide discours qu'il compte prononcer à la reprise des cours, après plusieurs semaines d'interruption. « À mes élèves, dit l'enseignant, je leur dirai pardon et merci. Pardon de ne pas vous avoir pris au sérieux, pardon d'avoir pensé que les jeunes tunisiens étaient indifférents. Et merci d'avoir su mener cette Révolution qui nous profite à tous ». Le vieux professeur est ému à en pleurer. Des sourires, des larmes, des paroles libérées. Ce fut aussi ça la Révolution tunisienne.